• A sheltering roof

WEEK 5 - TABASKI


Voilà maintenant trois semaines que le chantier a commencé. Nous reprenons le flambeau du blog pour cette semaine afin de revenir sur la première phase de chantier qui se finalise enfin !


Comme pour toutes constructions, nous sommes constamment en train de réajuster le projet ou l'organisation de l'équipe de construction. Les aléas et les interrogations sont quotidiens, parfois ils entrainent le doute, mais lorsque nous prenons le temps de regarder le travail déjà accompli, nous en sommes satisfaits !


Les premières semaines de chantier ont été très physiques. Le site qui nous a été attribué par Nka était occupé par de multiples buissons et petits arbres. La première étape fut donc de couper et de déraciner tout cela. Le hasard fait bien les choses, nous nous retrouvons avec le seul site criblé de rhizomes s'étendant dans tous les sens, et nous avions choisi le terme RACINE, écrit RA-SYN, pour désigner notre association créée en France pour porter le projet. Un comble, quant on voit comment celles-ci nous ont embêté pour décaisser le terrain et creuser les fondations.


Un décalage de niveau d'une cinquantaine de centimètres sur la longueur du projet nous a obligé à entamer de gros travaux de terrassement, qui nous ont pris une bonne semaine, des centaines de coups de pioche et autant d'aller-retour de brouettes. La pente du terrain nous ayant obligés à décaisser le sol, nous avons été amenés à repenser l'insertion du bâtiment dans le site. Finalement, ce contretemps nous a permis de travailler les abords du bâtiment, plutôt que de simplement le poser. Nous avons donc ajouté deux murs de soutènements, qui seront construits en maçonnerie avec des pierres du bush. Nous pourrons expérimenter une nouvelle technique, et nous continuons de travailler avec un matériau local, gratuit par le prix, mais pas par l'effort ! Tous les jours, les équipes se relaient pour aller chercher les cailloux dans le bush, les charger sur les charrettes tirées par les ânes, puis les décharger sur le site de projet.


Suite à une première semaine de travaux de terrassement, la deuxième semaine fut dédiée au tracé du bâtiment, ainsi qu'aux premières tranchées qui accueilleront nos fondations. Nous voyons enfin le bâtiment prendre forme, et cela donne beaucoup de motivation au groupe, tant aux ouvriers locaux qu'à nos volontaires ! Le décaissement ayant évacué la couche de terre végétale, nous nous retrouvons face à une roche argileuse très dure. En frappant contre cette terre, nous avons cassé de nombreux outils, que nous avons réparé à coup de fil de fer, fer à béton, clous, scotch et autres matériels de bricolage.


En parallèle de tout ce travail, nous continuons à nous relayer pour récupérer des pierres dans le bush. Nous utilisons ces pierres pour différents travaux, d'une part pour toutes les fondations des salles de classe, ainsi que pour le mur de soutenement. Nous réaliserons des fondations classiques, au sens occidental, pour les poteaux, mais nous avons adopté une technique plus locale et durable pour les fondations des murs. Il s'agit d'un assemblage compact de pierres, avec un mixte de terres, de graviers et d'eau, permettant de solidariser l'ensemble. Lorsque nous monterons le socle, nous ajouterons également de la chaux à ce mélange afin de le renforcer.


Travailler avec les ouvriers locaux n'est pas toujours évident. Les différentes cultures se rencontrent, parfois nous rencontrons des difficultés de communication. Peu d'ouvriers parlent un bon anglais, pour cause que peu d'entre eux finissent l'école, même secondaire. La barrière de la langue est parfois un obstacle, les ouvriers semblent comprendre, mais dans la pratique, ils nous disent qu'ils comprennent car c'est l'usage. La transposition d'une demande à la réalisation prend plus de temps et de patience. Souvent, la pratique est la meilleure communication. Montrer pour expliquer. Nous arrivons à transmettre à certains d'entre eux les raisons de nos choix de construction. Pourquoi creuse-t-on ici ? Pourquoi fait-on ce mélange de terre ? Pourquoi est ce que cette fondation est différente d'une autre ? Etc. Nos traducteurs font ensuite la traduction en Mandinka – dialecte local. Malgré ces difficultés de communication, leur aide est absolument indispensable pour la pérennité du projet, que ceux-ci soient fiers de leur travail, en prennent soin et perpétuent ce qu'ils ont appris. Leur force physique, largement supérieur à la nôtre, est également d'une grande aide. Leur capacité sont absolument impressionnantes. Nous ne viendrons pas à bout de cette construction sans leur aide, sans aucun doute.

La semaine dernière, Marie a fait le déplacement jusqu'à Banjul pour récupérer la palette chargé de matériel que nous avons envoyé depuis la France par bateau il y a plus d'un mois. Encore une sacré aventure ! Premier jour, il s'avère que l'entreprise nous assistant en France à oublier de nous préciser d'amener des papiers originaux permettant le retrait de marchandises. Plusieurs coups de téléphone et emails, avec assistance de nos familles en France, auront été nécessaire pour débloquer la situation … quatre jours plus tard ! Ensuite, l'attente du déchargement du cargo, trouver le container, décharger le container, franchir la douane, trouver un transport pour Basse, etc. Finalement, nous pensions en avoir pour deux ou trois jours, cela nous a pris une semaine pour faire sortir la palette du port ! Après une semaine de démarches, il aura également fallu une semaine pour que le transport de Banjul parvienne à Basse, pour que nous puissions le récupérer et le transporter jusqu'à Karsi Kunda … la galère des transports est quotidienne !

Toutes ces démarches ont également été ralenti parla fête de l'Eïd, ici prénommé Tabaski, qui met tout le pays en fête cette semaine ! Mardi, nous avons assisté à la cérémonie religieuse au pied de l'arbre sacré, puis repas commun avec tous les workshops, volontaires, ouvriers locaux, ou toutes autres personnes impliquées dans ce travail ! Danse dans l'après-midi et danse en soirée ! Le village de Karsi Kunda est animé tous les jours et les basses reliées au groupe électrogène fumant crachent une sorte de Kumbia électro à la tombée de la nuit. Saloum, notre hôte, a également célébré la venue au monde de son cinquième enfant, Jeudi. Nous avions eu l'honneur de le nommer Louis.





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