• A sheltering roof

WEEK 15 - Ainsi va la vie

Mis à jour : 28 nov. 2018


Depuis le premier levage s'est installée une sorte de routine à Kassi Kunda. Lundi, les assemblages s'enchaînent tandis que les Rémi's et moi même fixons les premiers liteaux. Nous passons la journée dans le ciel à jongler avec les planches. A midi, Marie, puis moi par la suite, faisons trotter le cheval de Moussa. L'ambiance est détendue car nous arrivons à la fin du bois et sa date d'arrivée est plus qu'incertaine. En effet, Nikki et Flo sont bloqués à Tamba, aux trousses des charpentiers. Au village, on s'agite. A 17h commencent les qualifications pour les quarts. Une bonne partie de nos workers rêvent de la finale toute proche.



Mardi matin, des femmes viennent nous dire bonjour. Ni une ni deux et les voilà aux pelles et aux pioches. Mais les hommes ont du mal à les laisser faire. Il faudrait presque les arrêter de force. Finalement tout le monde rigole bien. Au loin, les filles sont à l'assemblage. Je continue les liteaux avec mes deux toubabs males restant. Depuis le départ de Flo et Nikki, c'est aux Rémi's d'assurer la présence masculine dans ce groupe exclusivement féminin : girl power ! Cet après midi, Sylvie en bonne professeur de sport qui se respecte nous a organisé une course d'orientation à travers le village. Tout le monde participe, enfants comme adultes, toubabo comme mandinko. C'est muni de mon plan du village qu'une soixantaine de petits pieds détalent en direction des fanions. Au moment des résultats, le verdict tombe... et c'est Mam' Fat', une ivoirienne de notre compound, qui a été la plus rapide. Sous les applaudissements de la foule, elle brandit la coupe. Heureusement que c'est elle d'ailleurs car dans des mains d'enfants Gambien, une coupe se transforme vite en arme. En effet, le rapport à la violence est différent de nos cités tranquilles. Enfin, épuisés, nous allons tous nous coucher sur la dalle extérieure. Au diable les moustiquaires, la nuit est trop bonne. Au loin, la musique se fait entendre jusqu'à chez nous...




Mercredi commence la fin du soubassement. Rémi et moi nous occupons du coffrage. Les puzzles géants continuent, inlassablement. Le soir, après le retour surprise des pancako, une petite équipe se prépare. La musique de la veille nous ayant mis l'eau à la bouche, c'est accompagnés de Camille, Sylvie, Amelie et les Kathys que nous nous dirigeons vers Song Kunda, précédés de Oussman, Sorry, Niambi, Fodé et beaucoup d'autres. Comme l'autre soir à Kassi, les costumes de paille volent. Cette fois ce n'est pas la lune qui les éclairent mais un immense feu qui intensifie l'ambiance mystique de la scène. La foule scande les danseurs dont les pieds font trembler nos coeurs.


Jeudi, notre petite troupe s'attèle aux details de pré levage. On bouge les échafaudages, on fixe les mâts, on prépare les pieds et on haubanne le tout. Grâce à Isa, nous voilà tous maîtres en l'art des noeuds. L'après midi, un match de foot est organisé en l'honneur des nouveaux maillots que Sylvie a ramené de France. C'est aussi sa dernière journée avec Amelie... et oui, dans 4 jours il faudra se remettre à travailler. Le soir dans le compound des Drameh, les femmes dansent pour elles. Mais le traditionnel dancing est perturbé par un nouvel arrivant. Une télévision de laquelle petit et grands ne se détachent plus. 30 personnes scotchées à un écran 15 pouces. Malgré tout, les femmes persévérent et bientôt, le son du tamtam recouvre les protestations qui grondent. Tout est bien qui fini bien, la télé n'aura pas eu raison de nous !




Vendredi, c'est vie à la maison : egrennage du findo, triage de cacahuètes, lessive, jeux... des enfants se font peur avec des poissons encore vivants. C'est aussi une journée spéciale récolte de cacahuètes. A midi, tous les hommes se retrouvent dans notre compound pour partager le repas. Le soir, Lisa, Isa et moi allons cuisiner chez Adja. Au menu : La France ! Écrasé de pommes de terres façon mousseline en boîte et oeufs brouillés, le tout accompagné de sa sauce tomates oignons caramélisés.


Samedi, le poto reprend de plus belle pour son dernier round. On finit le contour du soubassement tandis que Camille, Romane, Marie et d'autres continuent les assemblages de fermes. Le levage n'est pas prêt ? Peu importe, de toute façon le bois est toujours à Tamba, loin d'être découpé. C'est donc dimanche aux aurores que se fait le 4e levage. One Two go ! Three four Stop.


A Kassi, la vie continue. On se lasserait presque de ce moment qui auparavant nous effrayait tant.


Laure Manissadjian

220 vues