• A sheltering roof

THE END

Rétrospective. Mercredi 06 Mars 2019. Les murs de terre finissent d'être pisés. Le lendemain, le chaînage de béton est coulé en tête de mur. A ce stade, la fin du chantier est enfin perceptible. La liste des tâches s'amenuise … drôle de sensation ! Les jours suivants, nous laissons les ouvriers en autonomie : coulage de dalle béton ; sol en pisé ; enduit du soubassement ; terrassement ; ils savent faire tout cela bien mieux que nous. Nous suivons donc les finitions avec un peu plus de distance que d'accoutumé, nous consacrant à l'élaboration de quelques pièces de mobilier.

Quelques mois en arrière, le suivi de la coupe du bois à Tambacounda nous a permis de comprendre que nous n'achetions pas seulement les bonnes pièces de grande longueur, mais bien tout le tronc et toute sa coupe. En comprenant que nous étions « propriétaires » de ces pièces trop courtes, fendues en partie, ou présentant des défauts – pièces que nous rejetions lors des premiers convois – nous avons décidé de tout acheminer à Kassi Kunda, pensant que nous en trouverions forcément une utilité. L'élaboration de mobilier fut donc l'occasion d'utiliser un maximum de ces pièces, tout comme les tiges filetées ayant servies au coffrage de la terre ; en bref que de la récupération ! Avec ces restes, nous avons eu les moyens de construire quatre bancs, des plateaux de travail et leur tréteaux, ainsi qu'un tableau.


Les bancs sont placés dans la coursive ouest, face à la cour, adossés au mur de terre, ce qui en font de très bons spots attaya pour l'après-midi et coucher de soleil le soir.

Les plateaux ont été conçus pour recevoir les différentes machines de travail. A l'aide des tréteaux, ils peuvent être placés selon le besoin dans le grand espace d'enseignement.

Le tableau est fixé à l'aide des trous de banches ayant permis l'élévation des murs en terre. Ici l'imagination était de mise pour réaliser un maximum, sans réinvestir dans du matériel neuf mais en réutilisant les nombreux matériaux que la construction a exigé.

Jeudi 14 Mars 2019 : le chantier se termine mais les retouches ne finiront qu'à notre départ du village.


Les travaux de finition s'enchaînent, micro-tâches qui peuvent sembler désuètes à certains, mais qui sont, pour nous, indispensables pour offrir un bâtiment fini au village. Rebouchage des trous de banches et des imperfections des murs en terre, plantations d'arbres, peinture, et enfin rangement intégral du local de stockage.

A cette occasion, nous avons entièrement vidé le local qui nous accueillait jusque là, trié et rangé tout le matériel et les matériaux accumulés par les trois workshops depuis un an de chantier. Plusieurs jours de travaux ont été nécessaires … jusqu'au tri des clous, vis et boulons par dimensions, au démêlage de corde : difficile de s'arrêter quand on commence ! Nous pensons laisser un local propre et pratique pour le village et nos successeurs.


Entre ces différentes tâches, nous prenons tout de même une petite semaine de vacances à Banjul. Plusieurs raisons sont à l'origine de ce voyage, certaines plus pratiques et d'autres plus émotionnelles. Pour les raisons pratiques, nous voulions aller faire le tour des pépinières afin d'acheter différentes variétés d'arbres à planter sur le site de l'école. D'autres plus émotionnelles, il est tant de préparer et de nous préparer au départ du village. Nous portons ce projet depuis plus d'un an et demi, nous vivons parmi la communauté depuis huit mois. Ce qui devait être un séjour de trois mois s'est prolongé en un véritable emménagement et investissement personnel. Sans perspective concrète de projets en France, nous devons commencer à prendre un peu de distance et à reconnecter avec notre vie française.

Par ailleurs, la réalisation des murs en terre ayant été plus rapide que nos dernières estimations, tout l'argent du projet n'a pas encore été dépensé. De nombreuses personnes nous ont soutenu financièrement pour l'édification de ce bâtiment et de cette école. Nous avons décidé d'investir entièrement cet argent dans ce projet scolaire. Les deux workshops rencontrant des difficultés financières depuis quelques semaines, nous participons à la fin de leurs travaux, notamment par l'emploi des ouvriers, tous les matériaux étant déjà réunis. Nous avons également les moyens d'enduire le dortoir, qui faisait office de local de rangement. Avec un nettoyage complet, celui-ci reprend un peu plus une apparence de logement et sera prêt à accueillir les professeurs ou de futurs workshops.

Pour tous ces travaux, nous laissons l'entière direction au coordinateur local. Saloum, qui, depuis quelques temps, a saisi l'importance de son travail et s'investit pleinement dans ce projet. Outre le fait d'être qualifié en tant que maçon, il présente de grandes qualités de médiateur et de coordinateur. Nous lui donnons petit-à-petit les rênes de l'organisation et sommes confiants pour la suite du projet.

Samedi 06 Avril 2019. Nous organisons une grande présentation de l'école pour le village de Kassi Kunda. En fin de matinée, le son des djembés commence à retentir dans le compound Drammeh alertant les derniers retardataires qu'il est temps de se rendre sur le site de l'école. C'est en cortège sonore que nous nous rendons sur le chantier achevé, pour une des dernières fois. Les femmes chantent pour accompagner les tam-tams et la marche. Quelques arrêts de danse ponctuent la procession. Tout le monde se rend sous le sheltering roof, il fait très chaud en cette fin de matinée, mais à l'ombre, cela reste supportable. Les femmes sont en grande forme et nous offrent le spectacle de leur énergique danse. Les djembés enflammés commencent à s'essouffler, une pause s'impose, c'est à notre tour de nous exprimer. Loin d'être de grands danseurs, nous préférons la parole pour transmettre nos chaleureux remerciements à cette communauté qui nous a accueilli pendant de nombreux mois. Au côté de nos ouvriers, nous profitons de ce rassemblement pour expliquer les modifications depuis notre dernière présentation d'Août. Le bâtiment semble recevoir l'approbation de tous, et les remerciement affluent … jusqu'aux demandes. Et oui, l'envers du décor d'apporter une aide est que celle-ci n'est jamais suffisante pour couvrir le besoin de ces communautés en plein développement.

Avec notre départ, c'est la fin pour de nombreux hommes d'un travail rémunéré dans leur village, auprès de leur famille. En attendant une prochaine équipe, ils vont devoir se rendre en ville, au Sénégal, ou plus loin au Mali pour travailler dans différents domaines, jusqu'à risquer leur vie pour trouver quelques pépites d'or. De plus, de nombreuses demandes du village tournent autour de la condition de la femme. Par exemple, celle-ci doit chaque jour puiser des dizaines de litres d'eau pour arroser les jardins, faire les lessives, abreuver les bêtes, mais surtout cuisiner et nourrir sa famille. Elle doit également pilonner le mil ou autre denrée. Ces tâches, quotidiennes, relèvent d'une grande force, et elle doit entamer celles-ci aux aurores. Pour accomplir leur labeur, les femmes font appel à leurs filles, qui de fil en aiguille doivent quitter l'école pour aider leur famille. Par ailleurs, enceintes, très régulièrement, les femmes sont amenées à la maternité en moto ou en charrette … condition loin d'être optimale lorsqu'elles sont à terme ou pire lorsque le travail a débuté. Toutes ces difficultés exprimées ont entraîné les demandes que vous imaginez. Celles-ci furent mêlés à des problématiques qui peuvent nous sembler plus futiles : le football. De nombreux volontaires ont ramené du matériel sportif, des vêtements ou encore du matériel d'école, les différents représentants nous invitent à poursuivre ces efforts.

Nous expliquons au village notre situation personnelle. Nous étions invités à construire un bâtiment, nous avons réalisé cette mission. Nous avons entrepris d'autres investissements dans la mesure où ils étaient possibles. Aujourd'hui nous sommes arrivés au terme de nos moyens et ne pouvons réaliser aucune promesse. Face à ces plaidoiries, nous ressentons un certain malaise et nous nous questionnons sur « l'humanitaire ». De nombreux organismes nous ont précédé, notamment pour l'édification d'infrastructures liées à l'eau et au stockage des aliments. Ceux-ci tombent peu à peu en désuétude et ne sont pas réparés par les villageois, faute de moyens ou de réel investissement ? De manière générale, aujourd'hui en Afrique, de nombreux organismes viennent tout comme nous pour aider. Les communautés sont habituées à ces interventions et les voient comme une normalité. Plus qu'une aide matérielle ou financière nous en retirons que le plus important est d'investir les communautés dans leur développement, qu'elles aspirent à mener seules leurs propres projets. Nous espérons qu'au travers de l'organisation Nka et de ses coordinateurs locaux, Jim et Saloum, le processus d’émancipation que nous avons entamé pourra se poursuivre.

Cependant, ces interrogations ne gâchent pas ces derniers moments partagés avec le village. Le cortège reprend la route de Kassi Kunda où la fête, des danses et un festin nous attend. Les femmes et les enfants dansent, les hommes palabrent. Tous le monde semble heureux de cette journée et nous aussi. Nous sommes fin près pour le départ. Après quelques au revoirs larmoyants nous quittons la communauté sous un ciel magnifiquement étoilé. C'est la fin d'une belle aventure, d'un rêve pour nous, Marie et Floran. Nous sommes fiers d'avoir porté ce projet jusqu'au bout et sommes reconnaissant des personnes nous ayant soutenu.


Merci au village de Kassi Kunda qui nous a chaleureusement accueilli et qui s'est investi dans le projet.

Merci aux nombreux bénévoles qui ont participé à l'édification du bâtiment.

Merci aux donateurs qui ont rendu possible cette aventure.

Et plus personnellement, merci à notre entourage qui nous a conseillé et épaulé face aux difficultés.


Marie et Floran

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