• A sheltering roof

Epilogue



Mardi 11 décembre, Nikki et Rémi ont pris la route vers Banjul. Ils prendront leur vol pour la France trois jours plus tard à Dakar. Nous en profitons pour prendre quelques jours de repos avant d'entamer nos derniers jours de chantier. Le départ des volontaires fait retomber notre adrénaline et nous décharge des très nombreuses responsabilités qui nous incombaient jusque là. Notre mental étant atteint, notre corps ne tarde pas à suivre. Celui-ci finit par éprouver les quatre mois intenses de chantier que nous lui avons imposé sans réel temps de repos. C'est ainsi que, dès le lendemain du départ de nos deux acolytes, nous sommes contraints de rester toute la journée au lit assaillis de courbatures et de crampes d'estomac.


Remis en partie de nos émotions, c'est muni de marteaux, burins, pelles et brouettes que nous entamons, deux jours plus tard, la dernière ligne droite. Nous avons choisi de finir le mur de soutènement composé de pierres, semblables à des météorites, trouvées dans le bush. Le mur servira d'assise aux futurs écoliers. Les pierres sont agencées en fonction de leur volumétrie pour créer un ensemble homogène et stable. Un chaînage en béton entre les roches de la dernière strate clôture l'ouvrage. Le mur fut commencé dès le début du chantier et abandonné très vite au profit des nombreuses autres tâches à accomplir. Catégorisée comme une tâche ingrate, répétitive et trop physique, personne n'a voulu s'y confronter au cours du reste du chantier. En effet, le choix d'une pierre peut prendre beaucoup de temps et nécessite souvent de tester plusieurs roches plus ou moins lourdes pour parvenir à trouver une bonne imbrication. Il faut donc beaucoup de patience et de volonté. Au cours de notre dernière semaine, nous avons réussi, Marie et moi, à achever une des deux branches du mur de soutènement longue de vingt cinq mètres !


Lors de l'échec du levage fin septembre, nous avions compris que nous ne finirions pas le chantier en décembre. Nous nous sommes alors fixés l'objectif de finir la charpente avant les fêtes afin d'envisager une éventuelle suite comprenant l'édification de l'ensemble des murs en terre. Aujourd'hui, notre but est quasiment atteint. Il ne manque plus qu'à couvrir la charpente. Fort de ce succès, nous planifions notre retour fin janvier afin de finir la construction. Au cours de notre dernière semaine au village, en parallèle de nos travaux de bâtisseur et de rangement, nous organisons la collecte et le tissage de la chaume qui servira à couvrir l'ouvrage. Nos ouvriers, très motivés, se chargeront de confectionner trois quart de la commande, soit 350 fagots. En maintenant leur emploi au cours de notre absence, ils peuvent rester dans leur famille à Kassi Kunda, ce qui n'est normalement pas le cas. En effet, une fois la saison des pluies terminée et les récoltes faites, la plupart des hommes du village sont habituellement obligés de partir au Sénégal pour gagner de l'argent. Ils travaillent en général en temps que maçon ou sont employés pour faire de la manutention de divers produits.

Pour le dernier quart de chaume, soit 100 fagots, nous nous tournons vers le VDC (Village Development Community). Cet organisme implique l'ensemble des habitants de Kassi Kunda dans le développement du village. Il est dirigé par les « aînés » qui, au cours de réunions nocturnes, décident des objectifs à suivre. En faisant intervenir cet organisme, nous souhaitons impliquer une plus grande partie des habitants dans le projet. Dès notre départ, un certain nombre d'entre eux est missionné pour construire un enclos surélevé sur une plate-forme permettant de mettre les 450 fagots de chaume à l'abri d'animaux en tous genre (ânes, chèvres, termites, fourmis, rongeurs, etc).


Nous avons décidé de nous accorder un mois de séjour en France afin de prendre le temps de nous reposer et de revoir le projet avec un œil neuf. Lorsque nous avons dessiné les plans, nous ne connaissions pas exactement le contexte. Nous avons donc fait en sorte de rendre le plan des salles de classes facilement modifiable et adaptable au site sur lequel elles allaient s’implanter. Pour cela, il nous avait paru judicieux de dissocier la toiture des murs afin de pouvoir dans un premier temps construire le toit et avoir le temps, sur place de se questionner sur le reste. Avant de partir, nous nous étions penchés avec l'aide du bureau d'étude Terrell sur la charpente, qui d'une part constituerait la première étape du chantier, et d'autre part serait certainement la partie la plus technique. Faute de temps, nous avions mis de côté l'étude approfondie des murs de terre et des salles de classes qu'ils délimitent. En arrivant à Kassi Kunda, nous avons choisi le site d'implantation en fonction du plan commun de l'école et du contexte naturel environnant. Le terrain étant en pente, nous avons pu, pour la première fois, contextualiser le projet en créant le mur de soutènement. Puis, nous nous sommes lancés tête baissée dans les fondations et la construction de la charpente. Ce n'est qu’aujourd’hui, après ces quatre mois de chantier que nous pouvons réellement lever la tête. Trop occupés, nous n'avions jusque là pas eu le temps d'avoir un œil critique sur notre travail. Nous avons appliqué ce que nous avions imaginé en France et avons effectué de petits ajustements au jour le jour.

Une fois levée, la charpente offre des opportunités que nous n'avions pas forcement envisagées :

- au nord un cadrage magnifique sur le bush souligné par le mur de pierre ;

- au sud une ouverture imposante sur le bush et sur l'un des chemins le desservant ;

- à l'ouest un rapport à la cour de l'école qui interroge ;

- à l'est une possibilité de créer une transition intérieur/extérieur en profitant de l'espace délimité par le mur de pierre.


L'ensemble de ces caractéristiques nous pousse aujourd'hui à reprendre entièrement le dessin des salles de classe en tâchant de répondre au mieux à la complexité du site. Notre séjour en France sera également l'occasion de nous renseigner plus précisément sur l'élaboration des murs en pisé et plus précisément sur leur finition.

C'est ainsi que nous concluons cette expérience de workshop humanitaire, qui aura eu son lot de mésaventures, rebondissements mais aussi joies et réussites ! Nous programmons notre retour à Kassi Kunda aux alentours du 25 Janvier, où notre équipe d'ouvriers nous attend avec impatience d'après les quelques messages reçus jusqu'à aujourd'hui. Nous entamerons alors une nouvelle phase de projet, car nous serons alors beaucoup moins nombreux. Beaucoup moins d'organisation pour nous, mais aussi beaucoup moins d'aide. Un nouveau défi à relever !


Marie & Floran

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