Des finitions

La question du sol du bâtiment est restée en suspend jusqu'à notre retour en janvier à Kassi Kunda. Nous hésitions entre une vaste dalle de béton et une chape en terre pisé. La première solution nous est apparue trop gourmande en ciment, matériau non renouvelable. Pour ce qui est de la seconde solution, nous doutions de son rendu. En France, un sol en terre crue nécessite des machines sophistiquées afin d'obtenir un résultat lisse et suffisamment compact pour absorber les chocs sans s'effriter. Nous avons finalement opté pour les deux solutions. Le béton fut limité au bantaba, dalle où les habitants ont l'habitude de se retrouver pour discuter, boire du thé, craquer des cacahuètes ou d'autres habitudes locales ; ainsi qu'au local de stockage pour plus de durabilité face à l'usage quotidien. La terre pisé fut, elle, dédiée à la vaste salle de classe. Malgré le manque d'outillage, nous avons décidé de faire confiance à nos ouvriers qui ont l'habitude de réaliser ce type de chape dans leur habitation. Nous acceptons donc que le sol en terre ne dure pas éternellement. Il sera à l'image de la manière d'habiter dans le village, où les constructions en terre et en chaume ont besoin d'être entretenus ou renouvelées régulièrement.

Pour ces deux types de sols, la question des arrêtes fut essentielles. Qu'il soit en chaux ou en béton les arrêtes des bantaba du village sont rapidement cassées. Nous en avons fait l'expérience avec le soubassement en chaux sur lequel nous avons travaillé tout au long du chantier. Le résultat est assez chaotique. Nous avons rapidement pensé à couvrir les arrêtes de cornières métalliques. Cependant le soubassement, coffré à l'aide de planches plus ou moins droites, présentait des courbures et ne pouvait donc pas accepter un matériau aussi rigide. Le fer à béton fut une alternative plus adaptée. En plus de son avantage économique, il est suffisamment flexible pour épouser les imperfections de l'ouvrage.

 

Le suivi de la coupe du bois à Tambacounda nous a permis de comprendre que nous n'achetions pas seulement les bonnes pièces de grande longueur, mais bien tout le tronc et toute sa coupe. En comprenant que nous étions « propriétaires » de ces pièces trop courtes, fendues en partie, ou présentant des défauts – pièces que nous rejetions lors des premiers convois – nous avons décidé de tout acheminer à Kassi Kunda, pensant que nous en trouverions forcément une utilité. L'élaboration de mobilier fut donc l'occasion d'utiliser un maximum de ces pièces, tout comme les tiges filetées ayant servies au coffrage de la terre ; en bref que de la récupération ! Avec ces restes, nous avons eu les moyens de construire quatre bancs, des plateaux de travail et leur tréteaux, ainsi qu'un tableau.

 

Les bancs sont placés dans la coursive ouest, face à la cour, adossés au mur de terre, ce qui en font de très bons spots attaya pour l'après-midi et coucher de soleil le soir.

 

Les plateaux ont été conçus pour recevoir les différentes machines de travail. A l'aide des tréteaux, ils peuvent être placés selon le besoin dans le grand espace d'enseignement.

 

Le tableau est fixé à l'aide des trous de banches ayant permis l'élévation des murs en terre. Ici l'imagination était de mise pour réaliser un maximum, sans réinvestir dans du matériel neuf mais en réutilisant les nombreux matériaux que la construction a exigé.

Pour finir nous avons profité de nos derniers jours à Kassi Kunda pour ranger l'ensemble du matériel collecté tout au long du chantier. Nous avons également nettoyé entièrement le site de construction et planté une vingtaine d'arbres dans la cour de l'école pour apporter de l'ombre aux futurs usagers. 

48 tonnes de béton

26/02/2019

25/03/2019

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