Des fondations

Le site qui nous a été attribué par Nka était occupé par de multiples buissons et petits arbres. La première étape fut donc de couper et de déraciner tout cela. Le hasard fait bien les choses, nous nous retrouvons avec le seul site criblé de rhizomes s'étendant dans tous les sens, et nous avions choisi le terme RACINE, écrit RA-SYN, pour désigner notre association créée en France pour porter le projet. Un comble, quant on voit comment celles-ci nous ont embêté pour décaisser le terrain et creuser les fondations.

Un décalage de niveau d'une cinquantaine de centimètres sur la longueur du projet nous a obligé à entamer de gros travaux de terrassement, qui nous ont pris une bonne semaine, des centaines de coups de pioche et autant d'aller-retour de brouettes. La pente du terrain nous ayant obligé à décaisser le sol, nous avons été amenés à repenser l'insertion du bâtiment dans le site. Finalement, ce contretemps nous a permis de travailler les abords du bâtiment, plutôt que de simplement le poser. Nous avons ajouté deux murs de soutènements. 

Suite à une première semaine de travaux de terrassement, la deuxième semaine fut dédiée au tracé du bâtiment, ainsi qu'aux premières tranchées qui accueilleront nos fondations. Le décaissement ayant évacué la couche de terre végétale, nous nous sommes retrouvés face à une roche argileuse très dure. En frappant contre cette terre, nous avons cassé de nombreux outils, que nous avons réparé à coup de fil de fer, fer à béton, clous, scotch et autres matériels de bricolage.

Les deux murs de soutènements et le soubassement des salles de classes sont construits en maçonnerie à base des pierres du bush. Ce matériau local est gratuit par le prix, mais pas par l'effort ! Pendant les deux premiers mois de chantier, les équipes se sont relayées tous les jours pour aller chercher les cailloux dans le bush, les charger sur les charrettes tirées par les ânes, puis les décharger sur le site de projet.

Pour les murs de soutènement, nous sélectionnons les pierres une par une afin qu'elles s'encastrent les unes aux autres. Cette réalisation nécessite beaucoup de temps et de patience afin de sélectionner LA bonne pierre. L'assemblage de la couche supérieur du mur admet une quantité suffisante de ciment pour créer un chaînage résistant au temps. Nous avons eu beaucoup de mal à transmettre cette technique de construction aux ouvriers locaux, car pour ceux-ci travailler bien, c'est travailler vite. Le mur pourrait être fini dans la journée avec eux, mais ils choisissent les pierres trop rapidement, celles-ci ne s'encastrant pas forcément et cela pourrait entraîner des fragilités du mur dans le temps. Cependant, nous avons continué à les impliquer dans cette tâche, même s'il fallait être avec eux en permanence, et les forcer à prendre leur temps !

Le soubassement des salles de classes est construit sur le même principe que les murs précédents mais dans son cas, un alliage de potto-potto (sorte de mortier à base de terre végétale, de sable, de chaux et d'eau) maintient les pierres entre elles. Ce mélange à base de terre est pâteux voire liquide et l'édification du soubassement nécessite un coffrage. Les pierres sélectionnées pour la construction sont de petites tailles en comparaison des roches choisies pour les murs de soutènement. L'assemblage est ainsi rendu moins complexe. L'ensemble des fondations est recouvert d'une couche de béton qui sert de chaînage. Des fer à béton sont noyés dans cette chape afin rendre les arrêtes résistantes aux impacts. 

Les deux types de construction précédemment citées sont soumis uniquement à des efforts de compression et l'assemblage de pierres du bush assure la solidité de l'ensemble. La longrine sur laquelle la charpente se pose est elle aussi sollicitée pour des efforts de compression mais pas uniquement. Des efforts de traction sont à prendre en compte en cas "d'arrachement" de l'ouvrage en bois. Le béton armé nous est apparu le matériau le plus adapté à cet ouvrage.

Le gros de ce travail de fondation fut réalisé en août et en septembre mais il s'est prolongé quasiment jusqu'à la fin du chantier. En effet, il fut fastidieux et nous avons choisi d’entamer la suite des prestations avant la fin de son exécution par soucis d’efficacité. De plus, nos techniques de construction n'étant pas tout à fait au point, elles furent améliorées au fur et à mesure. Ceci a conduit à quelques modifications de dernières minutes qui ont retardé certaines exécutions. Ainsi, les longrines ont été finies fin septembre 2018 alors que les murs de soutènement ainsi que le soubassement seulement début mars 2019.  

200 tonnes de terre décaissées

112 tonnes de pierre maçonnées

06/08/2018

22/02/2019

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